Les transports en commun sont une chance aussi pour ceux qui ne les utilisent pas !

En dehors de mes heures de travail je m’intéresse beaucoup, et depuis plus de 10 ans, à l’économie et plus particulièrement à la gestion de nos ressources énergétiques et de l’environnement. Conscient de quelques ordres de grandeurs je suis profondément choqué par l’atmosphère politico-sociale actuelle qui tend à considérer que les transports en commun, et en particulier le train, devraient être rentable. C’est une idée relativement nouvelle et complétement absurde parceque tout le monde bénéficie des transports en commun y compris, et peut-être surtout, ceux qui ne les utilisent pas ! Exiger des transports publics qu’ils soient rentables serait à la fois injuste et dévastateur pour tous. Au contraire, renforcer leur accessibilité et leur utilisation est une formidable chance, il en découle quelques mesures pratiques qui devraient s’imposer (ou que nous devrions imposer) au gouvernement actuel.

Tout d’abord, demander au train d’être rentable, en comptant dans le bilan le coût des voies, serait profondément injuste étant donné que les routes sont mises à disposition gratuitement alors qu’elles ont coûté de l’ordre de 15 milliards par an sur les 25 dernières années soit 250 euros par an et pour chacun des 60 millions de français. A comparer aux 3 milliards par an sur la même période pour les voies ferrées, soit 50€ par an et par français. Bien sûr, le train représente 1/5 des dépenses d’infrastructures pour 1/10 des kilomètres parcourus soit de l’ordre de 2 fois plus cher par kilomètre parcouru, mais quel est son impact sur notre santé, notre productivité et l’environnement ?

Ensuite, le train est extrêmement sûr : 67 morts en 18 ans dont plusieurs liés en fait à des dysfonctionnements de la circulation automobile … A comparer avec les 500 000 morts depuis 1945 en France sur les routes (l’équivalent du bilan de la 2de guerre mondiale). Bien sûr la sécurité routière s’est améliorée depuis 1945 mais 3 477 morts en 2016 font tout de même 100 fois plus de morts par kilomètre parcouru. Sachant qu’un bon quart des accidents mortels implique des piétions, privilégier le train est très clairement une question de sécurité publique !

Par ailleurs, ce n’est un secret pour personne, les voitures polluent, beaucoup. Et les transports en commun diminuent cette pollution de manière très importante comme le démontre par exemple le doublement de la pollution à Barcelone lors d’une grève de métro bien suivie. Et la pollution de l’air tue, beaucoup plus encore que les accidents de la route : 3 millions de morts prématurées dans le monde par an d’après l’OMS, 48 000 par an chaque année en France et c’est sans parler des multiples maladies respiratoires et même de la baisse des facultés intellectuelles et donc de la productivité si chère à nos élites. Privilégier le train est donc non seulement une question de sécurité publique mais aussi de santé publique à l’échelle nationale comme à l’échelle mondiale.

A l’échelle mondiale justement, le grand problème, on ne le répétera jamais assez c’est le réchauffement climatique qui est déjà bien amorcé : nous sommes bien en route pour nous prendre 4°C dans la tête, ce qui parle tout de suite plus si on se dit que 7°C dans l’autre sens c’était les dernières grandes glaciations avec il y a 150 000 ans le nord de l’Allemagne pris dans la calotte glaciaire et on pouvait traverser la manche à pied. Inversement si les glaces polaires fondent on peut se prendre (pas tout de suite mais à termes) plus de 70 m d’augmentation du niveau de la mer et pour rappel, le parvis de Notre-Dame de Paris est à 35 m d’altitude et Londres à 11m. Ce n’est donc pas que le Bengladesh qui pourrait être touché. Entre les déplacements de population et les troubles virant plus ou moins aux guerres, on risque d’exploser tous les compteurs déjà cités de nombre de morts … Et là encore la comparaison route/train est sans appel : pour un trajet de 20km domicile-travail c’est 10 fois moins d’émissions de CO2 en RER ou en métro qu’en voiture, et encore moins en tram.

Alors, automobilistes chéris, si tout cela ne vous suffit pas, pensez encore que des transports en commun de qualité, ça décongestionne en tout cas vos chères routes, la preuve les jours de grève. Alors demandons, exigeons de nos gouvernements à tous les niveaux de continuer à favoriser ces transports ferroviaires. En particulier la dette de la SNCF portant sur des infrastructures, largement décidées par les politiques de tous bords qui en ont (très justement) décidés ces dernières décennies, doit être reprise par l’État sans conditions pour préserver et encore favoriser cet incroyable service public que constitue la SNCF !

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